COMPRENDRE 06 Janvier 2012

VRAI/FAUX n°7 - "Le commerce équitable, c’est du développement durable"

C'est vrai ! En 1987, le premier ministre norvégien, Mme Gro Bruntland, présidente de la Commission mondiale des Nations Unies sur l’environnement et le développement définit la première le "développement durable" comme "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs". Il repose sur trois piliers : le développement économique, la préservation de l’environnement et le progrès social.

En près d'un quart de siècle, cette notion est devenue centrale, tant du point de vue des politiques publiques que de celui des consommateurs. Ces derniers sont de plus en plus incités à choisir, dans leurs achats, des produits ou services compatibles avec cette notion. Et les entreprises tentent d'intégrer de plus en plus d‘éléments du développement durable dans leurs offres de produits et services : pour certaines, cela s'accompagne d'un engagement fort et d'un réel changement dans leurs pratiques, pour d'autres il s'agit plutôt d'un cynique "greenwashing" inefficace mais purement "marketing".

 

Qu'en est-il du commerce équitable ? Dans quelle mesure ce dernier s'inscrit-­-il dans une démarche de développement durable ?

 

Trois fois oui

 

Le commerce équitable repose sur les 3 piliers du développement durable :

 

Le développement économique : à n'en pas douter, le principe même du commerce équitable est d'aider les petits producteurs des pays du Sud à développer leur activité, leur économie et leurs ressources,. Les études d'impact réalisées sur différentes organisations de producteurs de plusieurs continents montrent des avancées significatives : accroissement des revenus, amélioration des conditions de vie et de travail, investissements productifs, diversification des activités, etc L'acquisition de compétences par les organisations de producteurs dans le cadre des filières de commerce équitable (amélioration de la qualité, connaissance du marché, etc.) leur permet également de commercialiser plus facilement leurs produits et d'accéder à de nouveaux marchés (locaux, conventionnels, etc).

 

Le progrès social : les principes mêmes du commerce équitable, repris et développés dans les cahiers des charges des labellisateurs et organisations, s'inscrivent dans la promotion de plus de justice sociale, Les petits producteurs en s'engageant dans une production équitable garantissent les droits fondamentaux des travailleurs, bannissant toute exploitation de la personne humaine. Par ailleurs, le développement économique permis par le commerce équitable profite à l'ensemble de la communauté villageoise : création d'écoles, amélioration de l'hygiène, investissements villageois, etc…

 

La préservation de l'environnement : les lecteurs des idées reçue n°4 "Le commerce équitable, c'est du social et de l'économique. Pour respecter l'environnement, il faut acheter bio" et n° 6 "Avec le changement climatique, il faut consommer local plutôt que des produits importés" le savent déjà : dans les engagement pris par les acteurs du commerce équitable, l'environnement figure en bonne place. Préserver l'écosystème, voire la biodiversité, encourager des cultures sans intrants chimiques, et même l'agriculture biologique, privilégier l'agriculture des petits producteurs, en leur donnant la possibilité de conserver leurs terres … autant d'orientations constitutives aujourd'hui du commerce équitable.

 

Et même mieux…

 

Si l'on compte parmi les entreprises se targuant de développement durable des démarches qui se contentent d'éviter de nuire (comme ne pas exploiter le travail des enfants, ou éviter que l'utilisation de bois contribue à la déforestation de la forêt primaire), ce qui est déjà fort louable, le commerce équitable veut aller plus loin, en instaurant une démarche exigeante en faveur du respect de l'homme et de son environnement. En permettant un accroissement de l'autonomie des petits producteurs et de leurs communautés et en contribuant à leur développement, il redonne à des communautés humaines le pouvoir sur leur avenir. Par ailleurs, à un niveau plus large, l'ambition de la démarche équitable est d'influer sur l'ensemble des pratiques de marché, l'objectif étant de changer les règles du commerce international dans son ensemble pour instaurer des relations commerciales plus justes (> Lire l'idée reçue n° 2 "Le commerce équitable, ça ne change pas la face du monde").