QU'EST-CE QUE C'EST ? 01 Octobre 2010

Un commerce international plus juste ?

Permettre aux producteurs de vivre décemment de leur travail, quels que soient les prix mondiaux : c’est le principal objectif du commerce équitable. Qui entend ainsi corriger les effets pervers d’un commerce international étouffant ses acteurs les plus vulnérables. 1,5 million d’entre eux, dans 59 pays en développement, sont potentiellement concernés. De leur avenir dépend aussi celui de leurs communautés.

"Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine".

 

C'est ce principe universaliste, établi par l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, que le commerce équitable entend restaurer, en assurant des revenus décents aux acteurs de la filière.


Des prix mondiaux tirés vers le bas
925 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde en 2010, selon la Food and agriculture organization (FAO), dont 98 % vivent dans des pays en développement. Un chiffre en recul de 9,6 % par rapport à 2009, mais qui reste intolérable. Or, une part de cette pauvreté est liée aux fondements du commerce international, dont la libéralisation n'a pas tenu ses promesses au Sud. Les économies les plus fragiles subissent l'instabilité des marchés, tandis que les pays développés, notamment du Nord, dominent les échanges internationaux grâce à des économies plus solides, diversifiées et productives. Ces derniers pays ont en outre les moyens de subventionner leur agriculture.
Les cas d'agriculteurs ruinés à cause de cours mondiaux trop bas sont un symptôme fréquent d'un commerce mondialisé qui ne permet pas aux plus vulnérables de tenir. Sur un marché où la loi de l'offre et de la demande est reine, tassant les prix d'achat au plus bas, les coûts réels de production ne sont pas pris en compte. Une chute des cours des matières premières, et des milliers de petits producteurs, au bout de la filière, se trouvent contraints de vendre leur marchandise à un prix inférieur à ce que leur a coûté la production.


Restaurer un revenu minimum du travail
La question du prix d'achat est donc déterminante. Le commerce équitable entend permettre aux producteurs et travailleurs les plus vulnérables ou marginalisés de vendre leur production ou leur travail à des prix décents – et surtout relativement stables. Les entreprises labellisées du commerce équitable s'engagent à ce titre à établir un prix minimum d'achat garanti, qui prend en compte les besoins des producteurs et travailleurs et de leurs familles. A ce prix d'achat – non dépendant des cours mondiaux – s'ajoute une prime de développement. Il s'agit de permettre aux producteurs et travailleurs de subvenir à leurs besoins fondamentaux (et à ceux de leur famille) et d'améliorer leurs conditions de vie au jour le jour. Mais aussi de leur donner la possibilité de dégager des marges pour réaliser des investissements, et contribuer à la satisfaction de besoins collectifs (infrastructures, éducation, santé, loisirs…).

 

Le commerce équitable, réservé aux petits producteurs des pays du Sud ?
Les chartes et engagements des principaux acteurs du commerce équitable, de même que la définition reprise en France par la Commission nationale du commerce équitable LIEN, précisent qu'il s'applique à des échanges Nord-Sud. 1,5 million de producteurs et travailleurs de 59 pays sont concernés aujourd'hui. Mais d'autres démarches, s'inspirant du commerce équitable, visent à établir un commerce solidaire avec de petits producteurs occidentaux. L'organisation Minga (LIEN), par exemple, plaide pour une démarche globale. Les Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne (Amap) amorcent une forme de « commerce équitable Nord-Nord ». Ce type de produits ne peut cependant aujourd'hui prétendre à une labellisation.
 

Un risque de dépendance vis-à-vis des marchés du Nord ?
Reste une critique récurrente que certains portent au principe du commerce équitable. Ce dernier incite les petits producteurs du Sud à produire pour l'exportation, à destination des consommateurs du Nord. Dès lors, le risque pourrait être que ces producteurs abandonnent des cultures traditionnelles et vivrières leur permettant l'autosuffisance alimentaire et un développement local. De fait, l'avenir du commerce équitable pourrait bien se trouver, aussi, dans le développement de débouchés locaux, afin d'éviter des partenariats exclusifs potentiellement risqués.