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L'actualité du commerce responsable
EVÈNEMENT 04 Juillet 2013

Un exemple démonstratif de l’impact du commerce équitable: la Centrale des producteurs de bananes organiques de Piura au Pérou

De Romain Valleur, en charge du programme "organisations paysannes et marché", AVSF

 


Des résultats économiques spectaculaires et une reconnaissance des paysans dans l'économie locale et nationale

La dernière étude réalisée en 2010 par AVSF sur l'impact du commerce équitable de la banane au nord du Pérou (1) avec la Centrale de Producteurs de Bananes Organiques de Piura (CEPIBO), permet d'illustrer les effets induits en comparaison du système local et international de commercialisation conventionnelle.  CEPIBO est une faîtière de 12 organisations de base de producteurs de bananes du nord du Pérou, créée en 2003. L'appui d'AVSF à partir de 2007,  a permis le développement de ses capacités de conditionnement, de contrôle de la qualité, de commercialisation et de gestion administrative et comptable. CEPIBO est ainsi devenue en 2008 la première organisation de producteurs de bananes du Pérou à exporter directement ses fruits sur les filières du commerce équitable européen, ouvrant la voie de l'articulation directe au marché d'exportation au reste des organisations du pays.  

En termes économiques, le prix minimum garanti aux petits producteurs péruviens par le système du commerce équitable, est supérieur de plus de 25% en moyenne au prix du marché national. Certaines organisations paysannes comme CEPIBO vendent entre 50% et 70% de leurs production (soit une dizaine de containers d'environ 20TM, par semaine) sur les marchés du commerce équitable : ce prix permet ainsi une augmentation notoire des revenus des familles de producteurs et celles d'entre-elles qui possèdent au moins 1ha de banane parviennent à un revenu mensuel supérieur au salaire minimum légal au Pérou de  150€/mois. Ainsi, un producteur cultivant au moins 1ha de bananes obtient un revenu d'environ 195€/mois dans le cas d'un investissement technologique limité dans sa parcelle, et d'environ 260 €/mois dans le cas d'un investissement technologique plus important. Ce prix leur permet de jouir d'une certaine stabilité de revenus limitant d'autant leur vulnérabilité à la volatilité des prix sur l'ensemble de l'année. Ces familles dépendent pratiquement toutes des revenus de la monoculture de la banane, qui s'explique par le peu de terres qu'elles possèdent (0.9ha en moyenne par famille) et la rentabilité relative de cette culture. Ces revenus permettent de couvrir les besoins familiaux d'achat de denrées alimentaires sur les marchés locaux, et garantissent l'accès aux services basiques de santé et d'éducation. De plus, ils rendent possible l'amélioration des habitations et le développement d'activités économiques complémentaires telles que l'ouverture de petites échoppes ou l'investissement dans la production de riz.

Autre impact fondamental confirmé : la structuration et la consolidation des organisations de producteurs. Celles-ci parviennent à exporter directement leurs bananes sur les marchés du commerce équitable ; elles se positionnent au sein de leur filière et assument ainsi des rôles pris en charge auparavant par des acteurs privés perçus comme des intermédiaires. Leurs capacités accrues de négociation commerciale leur permettent d'obtenir une plus grande partie de la valeur ajoutée créée au bénéfice de leurs producteurs membres, auparavant concentrée principalement au niveau des entreprises agro-exportatrices (achat aux producteurs aux alentours de 4US$/caisse et exportation à plus de 10US$/caisse).

 

 

 

Pour ses 1400 producteurs membres, CEPIBO assure aujourd'hui des services d'assistance technique, la gestion des certifications (biologique, Globalgap, commerce équitable), le conditionnement des fruits, la gestion financière et comptable et l'exportation directe. Elle établit également des conventions de partenariats avec des institutions techniques et financières comme la fondation hollandaise Rabobank ou des caisses locales d'épargne-crédit qui permettent à ses membres d'accéder au crédit et de sortir d'une situation d'exclusion du système financier conventionnel (garanties inadaptées aux capacités et réalités des petits producteurs, taux d'intérêts démesurés, …).

La prime de développement versée par tous les importateurs de banane de commerce équitable aux organisations de producteurs (1 USD/caisse de bananes de 18.14kg, soient 1080 USD/container), permet à ces mêmes organisations de consolider des fonds propres, et de réaliser des investissements collectifs primordiaux afin d'augmenter leur compétitivité face aux entreprises nationales et multinationales présentes dans le secteur et disposant de fortes capacités d'investissement. Cette prime permet à ces organisations de mettre en place des réseaux de câbles aériens pour le transport des régimes de bananes, des unités de conditionnement, des systèmes d'irrigation,… Autant d'investissements qui leur permettent d'augmenter la productivité du travail des  producteurs associés mais également de réduire leurs coûts de commercialisation. Elle permet également la mise en place de programmes de formation des producteurs, de fonds d'entraide aux familles en cas de décès de producteurs membres, d'accès collectif à des soins médicaux particuliers, ainsi que le financement de projets communautaires.

 

Ces organisations de producteurs contribuent également à des initiatives de développement au niveau local, qui témoignent d'un impact du commerce équitable bien au-delà des seules familles membres des organisations. La prime de développement leur permet de financer le lancement d'activités rémunératrices en milieu rural  pour des groupes sociaux défavorisés (femmes et jeunes notamment) : production et vente d'engrais biologiques, de farine de banane, d'équipements pour le conditionnement des bananes, etc.  Ces organisations participent aussi aux espaces de concertation concernant l'affectation des budgets publics mis en place au niveau local et régional, pour la gestion participative du territoire entre les représentants de l'Etat et les organisations de la société civile.
 

 

 

 

En venant rompre des situations de monopoles ou en modifiant des conditions commerciales jusqu'à alors désavantageuses pour les petits producteurs individuels, ces organisations stimulent la concurrence entre acheteurs de bananes dans la zone de production. Elles jouent ainsi un rôle clé dans la régulation du prix sur le marché local, au bénéfice de tous les producteurs. La création en 2003 de plusieurs organisations de petits producteurs du commerce équitable, dont CEPIBO, provoque déjà une première augmentation significative des prix  payés au producteur (de 1,1USD/caisse à 2,7USD par caisse). En 2008, ce sont les  premières exportations directes de CEPIBO qui provoquent une nouvelle hausse (de 3,5USD/caisse à 4,3USD/caisse), générant une concurrence directe avec les entreprises exportatrices en faveur des petits producteurs. Le prix de vente de la caisse de bananes a ainsi plus que triplé en 5 années. Finalement, ces organisations ont contribué significativement à l'amélioration des conditions de travail de la main d'œuvre employée pour les activités de récolte et de conditionnement de la banane dans l'ensemble de la zone : le salaire moyen a augmenté de  30% en moyenne par rapport à celui payé par les entreprises concurrentes.

Mais au-delà de ces impacts, l'effet majeur du commerce équitable est peut-être ailleurs : pour ces producteurs, appartenir à des organisations qui gèrent l'ensemble de la production, du conditionnement et de l'exportation directe de leurs produits sur des marchés d'exportation exigeants, c'est obtenir la reconnaissance de leur rôle dans l'économie locale et nationale péruvienne, et retrouver une certaine estime d'eux-mêmes et de leur activité.

(1) Cette étude est disponible sur le site éditorial d'AVSF : www.ruralter.org

 
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